MAISON D'ÉDI
TIOMANCHOISE
La localecturau coeur de la Manche
Tout le monde savait que c'était impossible. Il est venu un imbécile qui ne le savait pas et qui l'a fait."
Marcel PAGNOL

Légal ou moral ?

Mercredi 18 Mars 2020

Fin février 2020, j’ai réduit ma surface de contact avec autrui : pas de bise, pas de serrage de main. Je ne suis ni ministre, ni médecin, ni devin, juste une citoyenne : ce qui se passait en Chine allait arriver en Europe, c’était l’évidence même.

Parmi mes proches, certains sont touchés par le Codiv19, d’autres affrontent des maladies graves et je ne peux les soutenir qu’au téléphone, à cause de la pandémie.

Les médias nous montrent les queues à faire pour acheter les pâtes, le riz et le PQ. Nous faisons des blagues sur les réseaux sociaux, et j’avoue, cela m’amuse de les lire. Toutefois, ce matin, il n’y avait pas la moindre queue dans le magasin le plus proche de chez moi, pourtant les médias parlaient encore ce midi des queues…

Apparemment, je suis de ceux, rares pour le moment, qui s’inquiètent pour tout autre chose : notre démocratie.

Lundi 16 mars, le président de la République annonce qu’il reporte le deuxième tour de l’élection municipale. La raison : le Covid19. Ce report a lieu au lendemain du 1er tour au cours duquel l’abstention est historiquement bas pour ce type d’élections. La raison : le Covid19. Mais comme tous les Français attendent le seul mot que le président ne prononce pas, à savoir le confinement, le report passe « crème » SANS que le Conseil Constitutionnel n’ait été informé de ce report.

Vendredi ou samedi, les conseils municipaux élus au 1er tour vont élire leur maire à huis clos. C’est légal, le Covid19 l’exige. Alors que la démocratie a été fragilisée depuis plus d’un an par divers mouvements sociaux dont je vous épargne la liste, élire un maire, qui sort d’un 1er tour pour lequel le taux d’abstention a atteint pour certaines communes plus de 60 %, à huis clos, n’annonce rien de bon pour la gestion du prochain mandat. Apparemment, cela ne choque que moi.

J’ai voté pour la première fois en 1992. Toutes les élections qui ont suivi, j’ai voté. J’ai également été adjointe sur ma commune le temps d’un mandat, grâce à la parité, en faisant ce qu’on a bien voulu me laisser faire. Je crois respecter le devoir de mémoire des hommes, dont mon grand-père, qui ont combattu en Afrique ou en Indochine. Je suis la secrétaire bénévole d’une association d’anciens combattants. Je crois aussi défendre, comme je peux, les personnes les plus fragiles ayant un handicap en tentant de défendre des droits qu’ils ne connaissent pas et qu’il faut réclamer comme des piécettes d’argent. Bref, je crois faire ce que je pense être juste depuis que j’ai ma carte d’électeur.

Aujourd’hui, j’estime que ce gouvernement, comme les précédents d’ailleurs – rappelez vous d’un certain référendum… - se fout de ma gueule, et avec lui une grande majorité des médias – ceux qui veulent nous faire peur en présentant cette situation exceptionnelle comme la fin du monde… Sans parler des soignants, médecins comme aide-soignants, mais aussi les « petites mains », tous ceux qui se retrouvent au front comme de braves soldats : parmi eux des anciens grévistes qui ont voulu alerter en temps et en heure des difficultés hospitalières, du manque de moyens, des déserts médicaux, etc. D’autres qui ont endossé le gilet jaune pour dénoncer les inégalités, mais ils sont là, au front à faire tourner le pays. Pendant ce temps, on reporte un second tour dans le dos du Conseil constitutionnel, et ça ne choque personne. Même nos députés et nos sénateurs ont une parole qui ne s’entend pas sous les stocks de PQ…

Il y a ce qui est légal et ce qui est moral.

En conséquence, c’est avec regret que je brûle ma carte d’électeur.

Voter ou ne plus voter, ce n’est plus la question pour moi.

Muriel Houberdon-Humbert

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